Une collaboration
Pourquoi cette collaboration avec le Département de la Vienne et le Parc du Futuroscope ?Galatée Films a répondu à l’appel d’offres lancé par ces deux partenaires et sa proposition a été retenue. J’imagine que connaissant nos films précédants, le Département et le Futuroscope nous ont fait confiance pour tourner des images qui soient non seulement une belle évocation de la nature, mais aussi la quête d’une émotion.L’idée de tourner avec une caméra 70mm un film pour la salle du Tapis Magique était très stimulante.
Cela me plaît d’aborder des formes d’expression nouvelles. Lorsque je tourne un film, j’aime ne pas avoir l’expérience et faire mes premières armes sur le terrain. J’ai aussi bénéficié de la collaboration précieuse de Dominique Gentil, chef opérateur, et de Jean de Tregomain, producteur exécutif, qui ont déjà travaillé pour le Futuroscope et connaissaient le procédé IMAX. Car le 70 mm, à fortiori dans la salle du Tapis Magique, ne s’improvise pas !
Un tournage différent
En quoi le tournage d’un double film IMAX est-il différent d’un film classique ?Les contraintes d’un film consacré aux animaux sont déjà nombreuses, mais en format IMAX, elles se trouvent multipliées dans des proportions que je n’imaginais pas ! Tourner dans les airs, par exemple, suppose d’être léger et de pouvoir manipuler aisément la caméra. Ce qui n’est pas évident quand celle-ci pèse plus de 40 kilos à elle seule !
En 35 mm, le réalisateur a 4 ou 5 minutes dans le « magasin ». En 70 mm, cette durée est limitée à 1 minute 20. L’équipe attend des heures, voire des journées, la baleine bleue ou le banc de dauphins, mais celui qui tourne n’a qu’1 minute 20 pour « les mettre dans la boîte ». Or la minute magnifique est souvent celle qui précède le tournage ou lui succède !
Des souvenirs
Quels souvenirs forts gardez-vous du tournage ?Aller à la rencontre des cavaleries de dauphins et se retrouver au milieu de milliers de ces chevaux marins représente une sensation hallucinante. De la même façon, sentir la présence des baleines au dessous de l’embarcation et entendre le bruit de leur respiration est une sensation proprement exaltante.
Ce ne sont plus alors des êtres lointains, mythiques, mais des êtres vivants, dont la force de vie devient sonore.Puis brusquement, leurs ailerons déchirent la surface de la mer. On découvre alors un monde mystérieux qu’on ne connaissait pas et qui, un bref instant, accepte de venir s’exposer à l’air avant de disparaître de nouveau.
Les messages
Quels messages souhaitez-vous adresser aux spectateurs ?Depuis la nuit des temps, les oiseaux et les mammifères marins, les « voyageurs du ciel et de la mer » évoluent dans des espaces de liberté. Plus l’espèce humaine se multiplie, se perfectionne, plus le territoire des autres s’amenuise, se détériore. Notre conquête est absolue, sans partage. Mais elle menace la survie de ces « autres habitants ».Même dans des espaces où nous ne faisons que passer, nos traces sont celles d’un énorme gâchis, d’une déchetterie à l’échelon de la planète.
On ne s’en rend pas compte, mais nous souillons continuellement ces territoires qui appartiennent à d’autres. Protéger la nature et les océans, c’est assurer la survie des espèces qui y évoluent. Avec ce film, Jacques Cluzaud et moi-même avons voulu susciter une émotion, mais aussi alerter sur cette extrême fragilité. D’où ces images montrant une gigantesque décharge ou le sillage d’un supertanker qui vient de dégazer. Soyons contemplatifs, mais dans le même temps, soyons vigilants !